Interview Michel Daruty

"Avec le nouveau Trou aux Biches, NMH renouvelle son acte de foi dans le pays"


Questions
1. M. Daruty, on vous imagine très occupé ces temps-ci par rapport aux travaux du nouveau Trou aux Biches. Quelles surprises nous réserve ce nouveau fleuron hôtelier ?
Il y en aura des surprises avec le nouveau Trou aux Biches Resort & Spa. Et des belles ! C’est un projet d’envergure qui a pour objectif de faire du légendaire Trou aux Biches un hôtel-village 5-étoiles. Ce sera le plus grand établissement hôtelier du pays. Il a nécessité des investissements de l’ordre de Rs 3,5 milliards. Le nouveau Trou aux Biches gardera cependant les atouts qui ont fait son succès, voire sa magie, pendant ses 38 ans d’existence, en l’occurrence charme et authenticité sur l’un des plus beaux sites du pays. Le caractère convivial et intimiste du lieu sera conservé; liberté, espace, calme et communion avec la nature sont au cœur du nouveau concept. A sa réouverture en novembre 2010, le Trou aux Biches Resort & Spa sera un resort 5 étoiles + aux allures de villégiature de luxe. Ses 333 suites et villas, ses six restaurants (gastronomique, indien, thaï, italien, international et un restaurant de plage), son Spa, son Centre de Sports, son mini-club et son teen’s club, sa salle de conférence, seront autant de surprises.

Par ailleurs, conformément à la politique de Beachcomber de favoriser le développement durable, le nouveau Trou aux Biches sera eco-friendly. Des panneaux solaires seront installés sur les toits pour permettre à l’établissement de produire de l’eau chaude. Un système de récupération des eaux de pluie et une unité de traitement des déchets verts pour la fabrication d’engrais sont aussi prévus, ainsi qu’une unité de dessalement de l’eau de mer et une station d’épuration des eaux usées. Au fil des semaines, pendant qu’avance la construction, dont celle des locaux publics, nous découvrirons un hôtel d’une nouvelle génération portant la signature de l’architecte-urbaniste Maurice Giraud au summum de son art.

2. Les travaux se déroulent-ils comme prévu ?
Les travaux progressent à un rythme soutenu. Nous sommes passés à une vitesse supérieure depuis le début de l’année. On a certes pris du retard pour des raisons hors de notre contrôle et de notre volonté mais on reste très confiant que ce retard sera vite rattrapé. Le main contractor, General Construction, et tous les autres sous-contracteurs, de même que tous les cadres techniques du groupe qui collaborent sur le chantier, sont motivés à bloc. La construction des villas, Garden suites et Beach suites avance selon le calendrier prévu. Le nouveau Human Resource Centre est achevé et sera opérationnel cette semaine. Le bâtiment technique est quasiment terminé. Nous sommes dans l’attente de certains planning clearances et building permits pour quelques composantes du projet, dont celles faisant partie du volet social, à l’exemple de l’école hôtelière qui sera gérée par la Beachcomber Training Academy, le dispensaire et le bureau de poste. Avec la proclamation de la nouvelle route côtière de Trou aux Biches et la déproclamation de l’ancienne, les travaux de reconstruction de l’hôtel sont entrés dans une phase décisive. General Construction et les sous-contracteurs mettront les bouchées doubles afin que tout soit fin prêt pour l’ouverture prévue au mois de novembre. Je suis serein, même si je sais que le temps qui nous sépare de l’ouverture ne sera pas de tout repos !

3. Comment sera positionné le nouveau Trou aux Biches sur le marché international ?
Les professionnels du voyage qui ont jusqu’ici visité les villas et Suites jardin sont émerveillés; “Stunning”, disent-ils. Nous passerons d’un 4-étoiles à un 5 étoiles +. Si l’hôtel monte en gamme, nous avons aussi veillé à préserver les atouts qui ont fait la réussite de l’établissement pendant tant d’années. A commencer par le caractère convivial et intimiste lié au style pavillonnaire de l’ancien Trou aux Biches. L’équipe responsable du marketing peaufine actuellement sa stratégie de positionnement de l’hôtel en s’appuyant sur la qualité et diversité de son hébergement, la gamme et variété de ses restaurants, les facilités pour le bien-être. Les professionnels du voyage ainsi que les touristes seront aussi sensibles à tout ce qui se fait pour que le nouvel hôtel soit eco-friendly. Je me rends à la foire ITB à Berlin début mars pour présenter, avec mes collègues du siège, le nouveau Trou aux Biches Resort & Spa. L’hôtel sera positionné comme un hôtel nouvelle génération.

4. Où en-êtes-vous avec le recrutement du personnel, censé doubler à la réouverture ?
Le personnel du nouveau Trou aux Biches va effectivement doubler à la réouverture en novembre. Nous allons recruter 400 à 500 personnes qui viendront s’ajouter aux 430 personnes qui travaillaient dans l’ancien hôtel. Le nouveau directeur des ressources humaines, M. Allen Runghen, est en place depuis le mois de janvier. Il procède actuellement, avec le soutien des équipes des Ressources Humaines et de la communication du siège, aux derniers réglages pour le lancement d’une importante campagne de recrutement. Nous aurons besoin de personnel à tous les niveaux et dans tous les départements de l’hôtel. Nous allons tout mettre en œuvre dans l’exercice de recrutement pour attirer les meilleurs candidats afin de constituer la meilleure équipe possible car la qualité d’un hôtel dépend de la qualité de son personnel. Nous lançons dans deux semaines notre projet d’entreprise dont l’objectif est de créer une dynamique d’innovation et d’amélioration constante chez l’ensemble du personnel. La nouvelle Training manager, Rani Domah, travaille de concert avec la Beachcomber Training Academy sur un vaste programme de formation destiné tant aux nouvelles recrues qu’aux anciens de l’hôtel. Les membres du personnel – anciens et nouveaux – découvrent et découvriront un Human Ressource Centre doté du confort et de facilités dignes de l’entreprise de demain qui mise sur les richesses humaines.

5. Le groupe NMH fait comprendre que le Trou aux Biches devrait contribuer à changer complètement la région. Qu’est-ce qui va changer concrètement ?
NMH ne s’est pas contenté de démolir et reconstruire l’hôtel Trou aux Biches. Dans le cadre de la conception et de la préparation du projet, nous avons été à l’écoute des stakeholders de la région lors des consultations. Le projet Trou aux Biches contribuera avant tout à la création d’emplois dans la région. Plus de 450 nouveaux emplois directs seront créés en sus des quelque 430 emplois existants. Il faudra surement compter le double en termes d’emplois indirects. Le projet comprend également la construction d’infrastructures d’utilité publique. Depuis le 25 septembre dernier, un nouveau poste de police moderne est opérationnel. Un Community Health Centre, un bureau de poste, un espace boutiques ainsi qu’une école hôtelière seront construits à Trou aux Biches. Tous les dossiers ont été déposés auprès des autorités concernées pour les planning clearances et les building permits. Les travaux de construction qui vont prendre quatre mois vont démarrer après l’obtention des permis. Nous avons lancé en 2007 le Regional Empowerment Programme (REP) dans le cadre du Projet Trou aux Biches. Quelque 300 jeunes des villages du Nord ont été initiés aux métiers de l’hôtellerie à travers le Projet Employabilité Jeunes (PEJ); et le programme de soutien aux micro-entreprises du Nord à travers le projet Micro-entreprises Artisanat se traduit concrètement par des commandes fermes de l’hôtel.

6. Au départ, le projet de reconstruction de l’hôtel avait suscité une levée de boucliers de la part des forces vives de l’endroit. Avec le recul aujourd’hui, quels sont vos commentaires à ce sujet ?
Il y a effectivement eu contestation de quelques habitants du morcellement Jhuboo qui sont des riverains de l’hôtel. Mais lors des consultations, les stakeholders, les forces vives de l’endroit, tant à Triolet qu’à Trou aux Biches, s’étaient montrés très favorables au projet et ont soutenu activement le projet. Elles ont compris tous les bienfaits du projet en termes de nouvelles opportunités d’emplois directs et indirects pour eux et leurs enfants, en termes de nouvelles activités socio-économiques engendrées par un tel projet pour les petites et moyennes entreprises. Avec le recul, je trouve malheureux cette contestation de quelques habitants qui a retardé l’avancement du projet. Je tiens à remercier toutes les forces vives qui ont soutenu activement le projet et je profite de l’occasion pour leur dire que nous allons approfondir les bons rapports qui ont toujours existé entre elles et l’hôtel.

7. Vous qui êtes un professionnel de longue date dans l’hôtellerie, un vieux renard touristique en quelque sorte (!), quel est votre avis sur la question de discounting massif pratiqué par les hôteliers depuis plusieurs mois ? Quelles sont les limites à ne pas franchir pour ne pas brader la destination ?
La crise de septembre de l’année dernière a impacté sérieusement sur le tourisme. A Maurice, il y a eu une baisse de 6,4% dans les arrivées en 2009 par rapport à 2008. Comme partout ailleurs, les hôtels ont dû revoir les prix à la baisse pour lutter contre la contraction de la demande, et il y a eu une sévère guerre des prix. S’il est compréhensible qu’on revoie les prix, reste que dans un secteur comme le tourisme qui est aussi image-sensitive, il faut être très prudent. Il y a effectivement des limites à ne pas franchir. La braderie n’a jamais été une solution, d’autant plus qu’elle se fait au détriment de la qualité. Il ne faut pas, en gérant les problèmes du court terme, hypothéquer les moyen et long termes. Il appartient aux autorités de veiller à préserver jalousement tout ce qui a fait la réussite de notre industrie touristique jusqu’ici afin d’assurer que ce secteur puisse jouer pleinement son rôle comme moteur de croissance du développement socio-économique dans les moyen et long termes.

8. Dans son dernier bilan financier, NMH faisait ressortir que ces derniers mois, c’est surtout la demande pour le middle range accommodation qui est en plus forte demande. Est-ce un phénomène conjoncturel selon vous ? Ou est-ce un phénomène qui devrait nous interpeller et nous faire réfléchir sur la stratégie touristique nationale ?
C’est le cas. C’est une situation qui demande toute notre attention de même que celle des autorités. Valeur du jour, il est difficile de dire si c’est un phénomène conjoncturel ou une tendance. Tout ce que nous pouvons souhaiter, c’est que c’est conjoncturel. Ce qui est sûr, c’est que c’est un phénomène qui doit interpeller tous les acteurs du développement du tourisme dans le cadre d’une réflexion sur la stratégie touristique nationale. Une stratégie qui soit cohérente et conforme à l’image que nous voulons projeter de la destination mauricienne. Avec le nouveau Trou aux Biches, Beachcomber renouvelle quant à lui non seulement son acte de foi dans le pays et dans la destination mauricienne, mais fait aussi le pari sur un hôtel qui n’est pas dans le middle range accomodation, sur un hôtel nouvelle génération. Et tout le feedback que nous recevons des marchés nous indique que la demande pour ce nouveau Trou aux Biches est là.

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Portrait Michel Daruty

Michel Daruty a 53 ans. Son épouse Jacqueline et lui ont trois enfants, Alexandre, Chloé et Cédric. Il fait son apprentissage dans le métier à l’Ecole des Casernes de Curepipe où il compte parmi ses formateurs Tiburce Plissonneau-Duquène, l’actuel directeur de la Beachcomber Training Academy. Détenteur d’un double CAP – Cuisine et Restaurant – , il poursuit sa formation à l’Ecole Hôtelière de Glion en Suisse, école très réputée dans le domaine. Le 1er avril 1980, Michel Daruty débute sa vie professionnelle. Il a occupé plusieurs postes de responsabilité dans les hôtels du groupe Beachcomber, dont une mission de gestion de six mois aux Comores. Michel Daruty est directeur de l’hôtel Trou aux Biches depuis 1985. Grand passionné de vin, il est aussi un grand sportif. En tant que footballeur, il s’est joint au Mahébourg United après un passage au Dodo Club et a représenté Maurice comme gardien de but en 1980.

Interview paru dans Business Magazine du 24 Février - 2 Mars 2010